Une pollution en Côte d’Ivoire
Le 2 juillet 2006, après une traversée transatlantique, le Probo-Koala accoste au quai d’Afrique du port d’Amsterdam, aux Pays-Bas. Il a auparavant déchargé une cargaison d’hydrocarbures à Algésiras, en Espagne. La citerne à déchets étant pleine, Trafigura cherche à s’en défaire auprès de la société spécialisée Amsterdam Port Services (APS). Ces déchets seraient des « slop », des résidus de fond de cale. Plus de 500 m3 de résidus d’hydrocarbures et divers composants chimiques sont alors déchargés sur une barge couplée au Probo Koala. Mais une puanteur inhabituelle se répand, probablement due à la forte odeur d’œufs pourris du sulfure d’hydrogène (H2S). La police des services d’environnement de la ville et les autorités portuaires interviennent. Trafigura, l’affréteur du navire, est tenu de faire retraiter les résidus par une entreprise de retraitement agréée et internationalement reconnue, par exemple le Amsterdam Port Services (APS). APS remarque, lors de tests en laboratoire, que les substances ne correspondent pas aux informations données par le navire. Selon le directeur d’APS, il s’ensuit une négociation sur le coût de l’opération. Les discus-sions durent deux jours. Trafigura refuse la décontamination, jugée trop longue et trop coûteuse ; APS demande 1000 euros le m3 puis 750 euros le m3. À cela s’ajoutent une journée d’immo-bilisation supplémentaire au port, soit un coût de 35 000 dollars, et une journée de location du navire, soit un coût de 250 000 dollars. À Londres, Paul Duncan, directeur de la logistique de Trafigura, décide de recharger les déchets sur le Probo-Koala, ce qui, selon APS, ne s’était encore jamais produit auparavant.
Les résidus, qui avaient entre-temps été transbordés sur un petit navire, sont alors rechargés sur le Probo-Koala. L’opération ayant dégagé une forte puanteur du fait de la présence de fortes quantités de sulfure d’hydrogène (H2S), le Ministère public de La Haye a fait ouvrir une enquête sur d’éventuelles transgressions des règles environnementales. Les services de l’environnement d’Amsterdam ont tenté de faire immobiliser le navire mais se sont heurtés à l’administration nationale. APS et les services chargés de l’inspection des navires laissent le tanker repartir, d’abord vers l’Estonie, puis le Nigeria et la Côte d’Ivoire. APS garde 16 tonnes de déchets aux fins d’analyses et de garantie. La seule injonction faite au navire est de décharger les déchets “au port suivant”, sans s’assurer que celui-ci possède les installations ad hoc.
Ainsi, après plusieurs étapes, cette poubelle ambulante s’est retrouvée sur les quais du port d’Abidjan et les conséquences sont celles que nous connaissons. Environ 9000 personnes ont été soignées pour vomissements, nausées, ou difficultés respiratoires. Des symptômes qui semblent montrer que ces déchets sont des résidus de l’industrie du raffinage.
Une fois la pollution découverte, l’affréteur du navire se déclare inquiet et affirme que le Probo-Koala a simplement déchargé des «eaux ». Trafigura explique avoir « demandé par écrit à Tommy (société ivoirienne qui a déchargé la cargaison du navire) » de s’occuper de ces déchets en respectant les normes de sécurité. La multinationale précise enfin que le navire venait du Nigeria où il avait livré de l’essence chargée en Estonie.
Selon l’association écologiste Greenpeace, les déchets toxiques qui ont été expédiés dans les décharges ivoiriennes sont des boues issues du raffinage du pétrole. Ces boues sont riches en matière organique et en éléments soufrés très toxiques comme l’hydrogène sulfuré ou les mercaptans, à l’odeur nauséabonde. A Abidjan les victimes ont été rendues malades par l’inhalation de ce genre de substances. Que ce soit l’information donnée par le ministère ivoirien de la santé ou par Greenpeace, le sulfure d’hydrogène semble donc être en cause dans cette pollution. Ce produit se trouve à l’état naturel en particulier dans le pétrole, le gaz naturel, les gaz qui jaillissent des volcans ou des sources d’eau chaude. Les activités industrielles génèrent elles aussi du sulfure d’hydrogène, comme le traitement des eaux usées ou le raffinage du pétrole. La mauvaise odeur de ce composant chimique permet à l’homme de s’en méfier.
La justice néerlandaise enquête sur les conditions dans lesquelles les autorités portuaires ont laissé partir ces déchets. En effet, si les autorités du port considéraient qu’il s’agissait de déchets toxiques, ceux-ci étaient alors soumis à la convention de Bâle qui impose un visa d’exportation. Selon les enquêteurs, les déchets du Probo-Koala n’étaient pas des eaux usées tirées du nettoyage du tanker, mais bien des déchets chimiques. Le Parlement néerlandais a demandé des comptes à Geert van Geel, le ministre de l’Environnement des Pays-Bas.
Hamedine Wane
Livre d'Or
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