Interview : l'écologie a-t-elle sa place en Afrique
Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs. D'ou venez-vous, quelles activités exercez-vous, menez-vous des actions engagées dans des domaines particuliers (politique, social, culturel, écologique, etc.) ?
Je suis journaliste et éditeur à Paris. Je suis responsable des Editions Duboiris et travaille pour une meilleure information des citoyens sur des questions politiques, sociales, culturelles et économiques. Je ne suis pas un militant politique et ne me sens proche d’aucun parti politique ni d’aucun mouvement idéologique ou religieux.
Vous inaugurez donc la page interview de ce nouveau journal, Horizon, dont les objectifs sont de faire découvrir notre planète, de dénoncer les menaces écologiques qu'elle doit surmonter. Pensez-vous que ce genre de combat soit vain ou qu'en disséminant quelques informations chacun peut participer à notre avenir ?
Votre initiative est courageuse et salutaire pour toutes les sociétés. Dénoncer la pollution de l’air, de l’eau et des sols est un impératif. Les sociétés actuelles, aussi bien en Occident qu’en Afrique ou encore en Asie vivent dans une culture d’égoïsme exacerbé. Peu de gens se demandent dans quel monde vivront les générations à venir. Chacun s’intéresse à sa seule vie et à son seul espace ici et maintenant. Les problèmes de la marrée noire sur les côtes européennes, la déforestation en Afrique, le trou de la couche d’Ozone, les inondations et tous les bouleversements climatiques, ne gênent que modérément ceux qui sont considérés comme nos dirigeants. Des émissions de radio ou de télévision sont régulièrement organisées pour, dit-on, sensibiliser les populations. En réalité, c’est souvent pour les rassurer en leur disant qu’il n’y a pas péril en la demeure et que ceux qui appellent à la mobilisation sont des alarmistes sans culture scientifique. Ce qui est proprement démagogique et réellement mensonger. Votre appel à la vigilance et à la responsabilité collective n’est pas vain. Il faut lutter contre l’indifférence des Hommes.
Pour ce premier numéro, Horizon s'est intéressé à l'exploration du Togo. Arrêtons-nous alors sur la Géopolitique de la région. Malgré, les problèmes politiques, sociaux, économiques, que rencontrent nombre pays de la région, croyez-vous que l'Afrique de l'Ouest puisse espérer un avenir stable dans les années à venir ?
Oui et non. Oui si la classe politique africaine sort de son égoïsme et de son inconscience actuelle. Car tous les conflits qui minent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest (Togo, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria, etc., sont d’abord des conflits de pouvoir. Tout le monde perd la tête devant le fauteuil présidentiel. Soit on devient président soit on sème le chaos et tant pis pour le pays et pour la paix civile. Non si les pays occidentaux continuent d’encourager et de soutenir l’instabilité pour obtenir plus facilement des matières premières tels : le pétrole, les diamants, ou d’énormes espaces économiques à travers des privatisations incontrôlables et les dépotoirs de poulets à la dioxine. Sans être de nature pessimiste, vous voyez que la partie n’est pas facile.
En tenant compte du contrôle politique officieux de la France sur les pays francophones africains, la France doit-elle, à votre avis, participer à l'avenir de ces pays, et si oui de quelle manière ?
Je crois que cette question n’est pas de mon ressort. Il faut poser la question aux Français s’il est normal que leurs compatriotes, qui ont vécu pendant longtemps en Afrique et qui n’ont plus d’attaches en France soit du jour au lendemain obligés de s’enfuir avec femmes et enfants parce que des dirigeants africains et leurs alliés français veulent se partager les bénéfices d’un puit de pétrole ou d’une mine de diamant ? Est-ce normal qu’une famille franco-africaine installée en Afrique depuis vingt ou trente ans soit contrainte à l’exil et au RMI en France par ce qu’un dirigeant africain ne convient pas à l’Elysée ou à Matignon ?
Je pense sincèrement que beaucoup de dirigeants ne défendent ni les intérêts de la France ni les intérêts de l’Afrique mais plutôt leurs intérêts personnels. Résultat : le mensonge, la manipulation, les dissimulations et les rancoeurs sont entretenues dans les rapports entre la France et l’Afrique. Ce qui est dommage pour le peuple africain et pour le peuple français.
Selon vous, comment les populations africaines accueillent-elle les associations ou organismes français qui viennent mener des projets dans leur pays ? (en règle générale puisque chaque intervention se fait de manière différente)
Je ne sais pas. Je crois qu’il y a des bonnes et des mauvaises associations. Celles qui travaillent dans le respect et l’intérêt mutuels sont certainement bien accueillies et celles qui vivent du malheur et des misères de l’Afrique sont probablement regardés avec beaucoup de curiosité.
Dans le développement à venir de l'Afrique de l'Ouest, quelle place les états laisseront-ils aux préoccupations environnementales ? Sont-ils par exemple conscients que l'Afrique sera (et est déjà) dans les premiers touchés par les bouleversements climatiques (assèchement des régions présahariennes, risque de développement de virus, problèmes de gestion de l'eau, etc.) ? Existent-ils des programmes africains de protection de l'environnement ?
C’est une erreur de croire que l’Afrique est la première touchée. C’est la planète, notre terre à tous qui est la première touchée. Vous savez, la façon dont on présente l’information dans les médias occidentaux donne l’impression que l’Afrique est en dehors de la planète et que si elle prend des coups sur la misère, le dessèchement des sols, l’avancée du désert, elle seule en souffrirait. Ce raisonnement est faux et veut rassurer les Occidentaux dans l’idée que leur situation est meilleure que celle des autres. Cet exercice de manipulation marche très bien parce que beaucoup de y croient. Souvenez-vous qu’après la catastrophe de Tchernobyl, on a fait croire aux Français que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière française. Soyons sérieux, les problèmes climatiques de l’Afrique ou les inondations et la pollution en Europe nous concernent tous. Le trou de la couche d’ozone ne s’arrête pas à la méditerranée.
Dans son objectif premier, la sensibilisation sur les questions environnementales, Horizons, proposera des questions récurrentes à ces invités. Nous vous proposons de les inaugurer.
- Dans, votre pays, êtes-vous au courant de problèmes écologiques particuliers ? (le but ici est d'accumuler des témoignages concrets de problèmes écologiques, pour peut-être les développer par la suite dans des articles propres)
Oui je suis au courant et m’efforce de connaître les problèmes liés à l’environnement. Je ne peux cependant pas vous donner des précisions sur des dossiers spécifiques.
- Vous êtes-vous déjà engagé personnellement pour la défense de l'environnement ? Si oui, pour quelle occasion, et avez-vous une carrière écologique derrière vous ? Si non, quelles raisons vous ont détourné de cette préoccupation ? (il s'agit ici de retenir un maximum de moyen d'action, ou/et de comprendre comment intéressé le maximum de personnes à ces questions environnementales.)
Jeune étudiant, je m’intéressais aux problèmes des ordures ménagères. J’y ai fais un mémoire à la Sorbonne. Depuis peu, je suis préoccupé par les problèmes de déforestation en Afrique Centrale. Si les entreprises de bois déciment tous les arbres pour faire de beaux meubles et les vendre en Occident, c’est l’ensemble de l’écosystème qui risque d’être durablement perturbé. Je ne suis pas un professionnel de l’écologie. Je ne crois qu’il faut laisser l’écologie ou au destructeur de l’environnement ou aux seul spécialistes. Chaque citoyen doit y participer avec ses moyens et sa conscience.
- Comment imaginez-vous notre planète dans 25 ans, et au delà ?
Je ne l’imagine pas. Je vois qu’elle est déjà malade, souffrante et en attente de notre réaction pour lui éviter le pire. Avons-nous encore suffisamment d’humanité, d’humilité et de combativité pour dire non aux excès d’aujourd’hui ? Sommes-nous suffisamment humbles pour reconnaître que la nature est belle avec ses arbres, ses oiseaux, ses mers, son air pur, ses animaux et ses êtres humains nourris à l’agriculture et aux produits de l’élevage non intensive. Sommes-nous capables de reconnaître que les excès de production et consommation sont nocifs à l’ensemble des pays du monde. Sommes-nous prêts à admettre que la course effrénée au gain entraîne parfois des dérapages économiques dont la première victime est souvent notre environnement ?
L'équipe d'Horizon, et ses lecteurs, vous remercient d'avoir participer à cette interview, et d'avoir partager avec nous vos connaissances. Nous vous souhaitons bon courage pour vos activités futures.
Livre d'Or
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