L'Océan - Une richesse en danger



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Gulf Stream et Climat
Le Gulf Stream baigne de ses eaux chaudes une partie de la côte Atlantique de l’Europe du Nord Ouest, c’est-à-dire la façade ouest du Royaume-Uni, la côte Atlantique en France, le pays basque, et de manière moins importante les côtes islan-daises et norvégiennes.

Le Gulf Stream est un courant océanique qui débute entre la Floride et les Bahamas et se dilue dans l’océan Atlantique vers la longitude du Groenland. Son nom est abusivement utilisé pour désigner la dérive nord atlantique, voire l’ensemble de la circulation de surface de l’océan Atlantique Nord.
Le Gulf Stream est constitué de la fusion du courant de Floride, du courant de Cuba et du courant nord équatorial. Au large de la Floride c’est un véritable fleuve, de 80 à 150 km de large et de 800 à 1200 m de profondeur, qui s’écoule à une vitesse de 2 m/s, et dont les bords sont visibles à l’œil nu. Il longe alors la côte vers le nord jusqu’au cap Hatteras, puis se dirige vers l’est en formant des méandres qui finissent par se détacher du courant principal sous forme de tourbillons qui s’atténuent en plusieurs jours ou quelques semaines. Ces tourbillons sont le principal mécanisme de ralentissement et de dilution du courant.
Au sud, ce courant chaud se dilue rapidement dans l’océan dont la température et la salinité sont alors très similaires. Au contraire au nord-ouest, le Gulf Stream rencontre le courant froid du Labrador, coulant en sens opposé.
Le courant chaud disparaît alors très progressivement au sud du Groenland, plongeant à l’est dans les profondeurs.

C’est en 1855, qu’un lieutenant de marine américain, Maurice Fontaine Maury, publia « The Physical Geography of The Sea and its Meteorology », un ouvrage qui connut un succès retentissant, dans lequel il affirmait que le Gulf Stream avait un rôle essentiel dans la régulation des températures sur l’Ouest de l’Europe en hiver.
En se basant sur des observations réalisées de part et d’autre de l’Atlantique, l’auteur conclut que le Gulf Stream, seule vraie source de chaleur locale, était responsable du climat hivernal particulièrement doux. Mais ses observations étaient toutefois un peu faussées en raison de l’absence de relevés climatiques précis en haute mer. Par conséquent, l’auteur ne faisait pas la distinction entre les climats ma-ritimes et continentaux, fonda-mentalement différents. Le Gulf Stream expliquait donc pour Maurice Fontaine Maury l’écart de température de 15°C en hiver, entre l’Est canadien et l’Europe de l’Ouest. Ainsi en hiver, selon cette théorie, le Gulf Stream, courant chaud, transférait son énergie thermi-que aux vents d’ouest refroidis. Il stabiliserait donc de manière importante le déséquilibre entre les couches atmosphéri-que et océanique, dû à un rayonnement solaire moins important. Les deux couches s’équilibreraient, réduisant de la sorte le refroidissement des températures.

Désormais, une nouvelle théorie a été énoncée, ne niant pas l’influence du Gulf Stream sur le climat européen, mais la minimisant fortement. Elle résulte du travail d’un groupe de chercheurs américains, dirigé par Richard Seager, Senior Research Scientist de l’université Columbia, aux Etats Unis. Elle a pu voir le jour grâce aux progrès informatiques ayant permis d’analyser “d’un seul bloc” toutes les informations climatologiques disponibles depuis 1949 jusqu’à ce jour, et dans le monde entier ! Cette nouvelle théorie s’appuie, en plus des observations, sur des simulations climatologiques tou-jours plus réalistes.
Le contenu global en est que les courants marins, grandes réserves de chaleur, servent plus à compenser le déséquilibre de température entre l’équateur et les pôles. Tandis que les courants atmosphériques atlan-tiques seraient les acteurs majeurs de la douceur de notre climat.
Trois phénomènes participe-raient ainsi à la douceur hivernale du climat européen.
En premier lieu, le déstockage de la chaleur accumulée en été, durant la saison hivernale.
En second lieu, le transport d’eaux chaudes par le Gulf Stream, des tropiques vers le nord, dont l’énergie est dissipée dans l’atmosphère.
Enfin, on a mis en évidence le rôle important de la circulation générale des vents au-dessus de l’Atlantique, et notamment les “méandres” créées par les Montagnes Rocheuses de l’Est des Etats-Unis. Ce sont de longs vents, très fins, circulant de l’Est vers l’Ouest, réchauffés par le déstockage de la chaleur de l’océan Atlantique. Leur rôle aurait été jusqu’alors largement sous estimé en l’absence de données précises concernant le climat “maritime”, Ce déstockage aurait, grâce aux tempêtes tropicales hivernales au-dessus de l’Atlantique, d’après R. Seager, assez d’énergie à lui seul pour expliquer la douceur du climat hivernal européen. Cela tend à être confirmé par les simulations de l’équipe, qui montrent que sans les Rocheuses, ou sans ces vents provenant des Rocheuses, les températures en Europe seraient inférieures de 27°C !
Au final, le gain thermique apporté par le Gulf Stream ne serait que de deux ou trois degrés au niveau de l’Europe (un peu plus au Nord, éloignant la zone de formation des glaces) soit à peine un peu plus de 10% de l’énergie thermique transmise à l’atmosphère. La véritable explication des différences de températures aux mêmes latitudes sont donc les reliefs, et non le Gulf Stream selon cette deuxième étude.
Il s’avère donc que le Gulf Stream n’ait pas le rôle climatique majeur qu’on lui a toujours donné. Néanmoins, il participe, au même titre que tous les autres courants, à l’équilibre climatique de notre planète. Equilibre fragile, qu’un réchauffement global pourrait bouleverser.
Le phénomène est toutefois très complexe et les physiciens ajustent régulièrement leurs modèles climatiques pour tenter de prévoir les conséquences des futures évolutions, aujourd’hui démontrées scientifiquement.

Hamedine Wane

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