L'Océan - Une richesse en danger



Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit. Phasellus erat. Morbi volutpat convallis purus. Nulla volutpat. Sed dictum fermentum pede. Mauris non dolor. Ut varius cursus magna. Ut vulputate. Curabitur at felis. Suspendisse potenti. Pellentesque commodo libero eget nisi.

Mali : Les mystérieuses Mine d’or - partie 2

2ème Partie : « ...à un début de réponse.»

Jeudi 28 avril 2006. Bamako, la capitale. Il est 11h. Avec mon ami Malik qui aujourd’hui joue les guides, nous nous rendons à la Direction Nationale de la Géologie et des Mines du Mali (DNGM). Nous avons rendez-vous avec un géologue, qui a travaillé à la mine de Sadiola à ses débuts, et qui, encore une fois, a souhaité rester anonyme.
Nous nous rendons dans la salle de documentation, pleine de cartons entassés. L’homme nous explique que la DNGM change d’adresse et s’installe dans un bel immeuble tout neuf (premiers profits de l’état malien sur l’exploitation aurifère ?).
Notre hôte débuta la séance par un historique de la direction :
—La DNGM fut créée dans les années 1970. Avant il existait la SONAREM, la Société Nationale de la Recherche Minière et avant l’indépendance, c’était le bureau minier. La DNGM est différente car elle est une administration, pas une société. Elle dépend directement du ministère. Elle s’occupe des permis de recherche, d’exploitation et du suivi des mines et de l’environnement, enfin une partie, l’autre étant confiée au ministère. C’est elle qui contrôle l’exploitation et son impact environnemental. Aussi, à chaque levée d’or, il y a un représentant de la DNGM. »
—Combien de mines sont actuellement en exploitation au Mali ?, continuai-je.
—Il existe actuellement 7 mines en exploitation. Dans l’ordre chronologique de début d’exploitation, il y a la mine de Calana, exploitée par la Société Minière de Calana (SOMICA), la mine de Siama qui pour le moment est fermée pour une raison de changement de propriétaire. Depuis 1990, le propriétaire était Broken Hill Property (BHP), une société australienne à capitaux américains. Comme la mine n’était pas assez rentable, du fait d’un cours de l’or faible à l’époque, la société Rangold racheta toutes les actions de BHP. Le dernier propriétaire de la mine était Resolute Mining Limited.
Il y a aussi la mine de Sadiola, exploitée par Anglogold, la mine de Morilla exploitée par Rangold et Anglogold, celle de Yatela exploitée par Anglogold, Loulo, exploitée par Rangold et Tabakoto, exploitée par Nevsun.
—Nous entendons beaucoup parler d’Anglogold. Qui est-elle? »
—Anglogold, au même titre que Rangold, est une société sud-africaine. Elle est la principale société d’exploitation d’or au Mali car elle a le plus gros poids financier. Elle a commencé ses activités dans notre pays en 1996 avec Sadiola.
Hélas, je n’en saurai pas plus de sa part en ce qui concerne cette société.

—Mais si toutes ces sociétés sont propriétaires des mines, que possède l’état malien ?
—L’état malien possède 18 % des exploitations et n’a pas de pouvoir décisionnel sur les sociétés. Là aussi mon interlocuteur fera court.
—Si l’état n’a pas la possibilité de donner son avis quant aux méthodes d’exploitations, possède-t-il d’autres outils de pression et de contrôle à part le ministère et votre direction ?
—Il existe un code minier régissant l’exploitation minière et une convention d’établissement signée par chaque partie. Un membre de la DNGM fait partie du conseil d’administration. Il existe aussi un document sur le suivi de contrôle mais comme nous sommes en plein déménagement, il n’est pas possible de le consulter.
Malgré ses réponses un peu courtes, le géologue me paraissait encore à l’aise. Mais lorsque j’abordai les problèmes liés à ces exploitations, il se sentit gêné, bafouillant et changeant complètement son discours. C’est là qu’il demanda à ce que cet entretien reste anonyme. Néanmoins, il répondra à mes dernières questions portant cette fois sur les impacts environnementaux.
—Il existe certains problèmes, mais dans le domaine salarial, entre travailleurs. Mais je ne souhaite pas en parler. Sachez que c’est encore un sujet à éviter.
—Et en matière d’environnement, existe-t-il des problèmes de pollution et de contamination ?
—Je n’ai pas entendu parler de tels problèmes et ne tiens pas à en parler.
Jugez vous-même de la cohérence de ses propos. Il évitera donc le sujet jusqu’à la fin de l’entretien. N’ayant plus aucune information à tirer de lui, nous décidions alors de chercher ailleurs.

Lors des préparatifs du voyage, des recherches sur l’exploitation minière au Mali via internet m’avaient permis de connaître l’ONG GUAMINA, très active dans ce domaine. Basée à Bamako, je décidai de rencontrer l’un de ses responsables en espérant enfin en apprendre d’avantage.
J’avais donc rendez-vous le vendredi 29 avril à 14h avec M. Souleymane Dembele, coordinateur général de l’ONG. Passé le rituel des présentations, M. Dembele m’expliqua les buts, objectifs et méthodes de son organisation.
—Guamina existe depuis 1989. Son domaine d’intervention prioritaire est l’environnement. Elle est une ONG qui essaie de répondre aux soucis des communautés à la base en mettant à leur disposition un appui, des conseils financiers, du matériel et une aide au développement. De même, elle met en place des projets de développement social dans des thèmes comme la santé et l’éducation. Il y a un peu plus de dix ans, nous avons remarqué que de nombreuses sociétés étrangères guettaient l’ouest et le sud-ouest du Mali, ceci dûaux indices géologiques de la DNGM. C’est ainsi que Guamina a commencé à s’intéresser à la problématique de l’exploitation anarchique et dérisoire des ressources non renouvelables.
—Sur quoi s’est portée votre première action ?
—Suite à des plaintes de la population par rapport à la mine de Siama, nous avons commencé en 1994-1995 par une première étude d’impact sur celle-ci. C’était une étude d’impact économique, social et environnemental avec pour problématique générale le développement du droit humain par la santé, l’éducation et l’économie. Il en ressortait que la population locale n’acceptait pas la présence de cette activité. En 1999, lors d’une assemblée générale des Amis de la Terre Internationale, Guamina a fait valoir cette problématique sur ses aspects environnementaux et socio-économiques, ce qui permit d’alerter l’opinion publique internationale et de financer de plus grandes études sur toutes les exploitations.
—Que pouvez-vous nous dire sur Sadiola ? »
—En 2004, nous avons enquêté sur la mine de Sadiola. Cette étude s’est faite en collaboration avec la mairie et d’autres structures locales de façon à créer un poids sur Anglogold qui, pour nous, doit réparer ses erreurs. Il n’a pas été très simple d’obtenir les informations nécessaires à cette étude. Anglogold et l’État ne voulaient pas mettre au clair tous les points. Il existe des sujets tabous comme la vente et les bénéfices de l’état. Nous avons donc voulu savoir ce qui était caché et à force d’investigation nous avons réussi à découvrir certaines choses telles que le non-respect du code minier, le contrôle des exploitations par l’État, ou la confiscation d’informations cruciales par les sociétés et l’État.
En effet, étant donné le partenariat financier des exploitants avec la Banque Mondiale, les sites doivent répondre à de nombreuses normes environnementales. Or, des études de contrôles recommandaient de changer certaines choses qui posaient problèmes. L’État et les sociétés ont caché ces documents, même aux services techniques gouvernementaux, et n’ont rien fait. A la fin de cette étude, nous avons quand même réussi à organiser une première réunion entre les huit villages directement touchés par l’activité de la mine et Anglogold de façon à travailler ensemble pour le changement.
—Et d’un point de vue environnemental, quelles sont les nuisances causées par ce type d’exploitation ? »
—Les nuisances sont de tout ordre. Premièrement, la pollution de l’air résultant du passage des camions et provoquant la mise en suspension des poussières dans l’air. Il y a la détérioration du couvert végétal et les montagnes de débris rocheux. Et puis le gros problème de cette histoire est le cyanure.
D’une part, la mare de boue contenant du cyanure déborde à chaque hivernage, contaminant les animaux et les hommes. D’autre part, les eaux de ruissellement de la mine contaminent les mares. Nous avons pu observer l’empoisonnement de boeufs et d’autres animaux d’élevage, mais avons aussi pu prouver médicalement l’avortement de femmes. Les usines posent donc le maximum de problèmes environnementaux et les mesures restent en deçà de ce qu’il faudrait faire. Ce qui a été décidé pour l’après exploitation ne sera que des mesures timides de 2 ou 3 ans. Or les populations resteront, elles, beaucoup plus longtemps.
—Aujourd’hui, l’État malien possède-t-il des moyens législatifs et techniques pour contrôler toutes ces nuisances ? »
—Non, pas du tout. Par exemple, la DNGM et les autres services gouvernementaux n’ont pas les moyens techniques de contrôler l’impact des boues d’après traitement dans la fosse grâce aux puits de contrôle. Seules les sociétés d’exploitation le peuvent, ce qui n’aide pas à l’objectivité des résultats.
—Peut-on noter tout de même quelques changements ?
—Oui. Grâce à la pression exercée par les plaintes des populations et les actions des ONG, les choses évoluent un peu. Les sociétés commencent à communiquer avec les populations quant au futur de la mine, à les impliquer dans l’après-exploitation et à prendre en charge des programmes de développement communal. Mais il reste encore beaucoup de travail. Guamina veut savoir de ces sociétés l’impact actuel et futur sur l’environnement de leurs activités.

Voici donc tout ce que j’ai pu savoir sur cette industrie de l’or qui n’est pas sans poser problème dans ce pays qui en a déjà suffisamment et qui va probablement en voir venir d’autres. En effet. Lors de mon séjour au Mali, j’appris par la télévision que le pays venait de signer avec une société australienne un contrat d’exploitation pétrolier, nouvelle richesse découverte il y a peu. Alors l’histoire va-t-elle se répéter ?

Christophe Deniau

Vos commentaires et encouragements

Livre d'Or
Afin de nous encourager, nous soutenir et nous informer, n'hésitez pas à nous laisser des messages.
c'est ici