Mali : Les mystérieuses Mine d’or - partie 1
1ère Partie : « De la découverte des faits... »
L’or au Mali, c’est d’abord un cours d’histoire, avec la richesse d’un empire malien presque aussi vaste que l’Europe, existant du Xème au XVème siècle de notre ère (voir article Lignes d’Horizons N°1, L’histoire du Togo). L’or au Mali c’est aussi une culture. On en entend un peu parler en France : on nous explique l’extraction artisanale de ce minerai très précieux ; on nous montre un savoir faire millénaire sur des images d’hommes creusant dans le sol du sud du pays des galeries étroites, en ne prenant aucune mesure de sécurité, bien sûr aux yeux d’un Occidental. Mais l’or au Mali c’est, au même titre que la pêche et le pétrole en Mauritanie (voir article Lignes d’Horizons N° 7, Les pêcheurs de Nouâkchott, et N° 8, L’or noir en Mauritanie : une histoire de brut et truands) une grande source de soucis : une société, une économie et un environnement qui empatissent des activités industrielles de certaines sociétés étrangères. Sur ce sujet, l’information se fait plus rare, du moins au niveau des grands médias. Pour savoir ce qui se passe réellement là-bas il faut aller chercher du côté des reporters privés. Ceux-ci écrivent des articles dans des magazines d’actualité environnementale, sur des sites web d’information ou d’association, mais réalisent aussi des films documentaires comme Le prix de l’or réalisé en 2005 par Camille de Vitry sur la mine de Sadiola, située à l’ouest du Mali, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière sénégalaise et sur sa société exploitante, AngloGold.
C’est ainsi que lors des préparatifs du voyage se dessinait cette étape afin de récolter quelques informations et de voir par soi-même ce dont on parle encore peu.
Kayes, au nord-ouest du Mali. Nous sommes le lundi 3 avril 2006. Après plus de deux heures d’attente, entassés à une vingtaine à l’arrière d’une vieille fourgonnette Mercedès transformée en minibus, nous quittons enfin celle qui devait être, il y a plus de cinquante ans, la capitale du pays. Plus de quatre heures de piste, soit 80 km, nous seront nécessaires pour atteindre le petit village de Sadiola. C’est là où, la nuit tombée, je rejoins mon nouveau contact qui, encore une fois, souhaitera rester anonyme. La seule chose qu’il m’est possible de dire est qu’il travaille à la mine de Sadiola. Il nous faut une dernière fois prendre la route pour arriver au village minier. Nous montons alors dans un vieux school bus américain jaune et commençons l’ascencion de la colline sur une route qui cette fois est goudronnée. Au bout de dix minutes, des dizaines de lumières pointent sur notre gauche. Nous passons un premier portail grillagé gardé par un homme en uniforme. Une structure commence à apparaître : sur plusieurs centaines de mètres de long et quelques dizaines de mètres de haut, un entremêlement de tuyaux autour de réservoirs forme un énorme bloc de métal au milieu de la forêt, ou du moins ce qu’il doit en rester. Longeant sur encore presque 3 km la clôture, nous arrivons à un second portail grillagé, sous la vigilence d’un autre gardien. C’est l’entrée de la citée minière, dernière étape avant la mine où nous nous rendrons demain matin. Pour le moment il faut se reposer de cette longue journée de route.
Mardi 4 avril. Il est 7h30 et nous prenons la route pour le centre de traitement qui correspond à l’entrée de la mine. Nous retraversons ce qui ressemble à un village mais qui en réalité n’est qu’un lotissement où vivent tous ceux qui travaillent à la mine, enfin presque, car il ne manque que les ouvriers. Le Mali et l’Afrique semblent bien loin. Ici, les habitants sont des directeurs, des ingénieurs, des techniciens. On est malien mais aussi français, belge, australien, sud-africain, hollandais. On vit dans des maisons “ en dur ”, à l’occidentale, avec tout le confort nécessaire (eau chaude, Canal Satellite, électricité). On a de jolies pelouses bien vertes, bien tondues et bien arrosées. Il y a même une sorte de supermarché où l’on trouve tous les produits de chez nous (de l’alcool aux surgelés). Imaginez, il faut bien tout cela pour faire rester tout ce petit monde au milieu de nulle part, où la première “ vraie ” ville se trouve à 4 heures de route !
Après m’avoir présenté à ses collègues, mon nouvel ami me confie à un géologue malien, « qui a fait ses études à Strasbourg » me précisera-t-on. Il me propose de m’emmener voir la mine. Ça y est. Nous y sommes. Le moment tant attendu est enfin arrivé. Nous prenons le Land Rover et filons, à allure raisonnable, sécurité oblige, vers le point de vue le plus haut de la mine. Petit à petit l’horizon est comme coupé en deux dans sa longueur, un trou, puis un fossé, et pour finir un canyon se présentent devant nous. L’imagination fait place à la réalité, l’excitation au désarroi.
Fier de me présenter l’objet de son labeur, comme tout artisan le serait, mon guide me propose de descendre au fond de cette plaie béante faite par l’homme à mère nature. Mais avant je lui demande de me présenter la partie où se trouve la veine aurifère exploitée. Celle-ci ne représente qu’une très petite partie du volume de roche extrait tous les jours. Car si depuis 1996, date du début de mise en exploitation de la mine, on a pu prélever en moyenne entre 15 et 20 tonnes d’or par an, jaune, il a fallut dégager des millions de tonnes de roche mère ou encaissant. Comme me l’indique mon guide, sur un même site aurifère, les proportions d’or dans un même volume de roche peuvent être très différentes. Elles peuvent passer d’un dixième à quelques grammes par tonne (voir schéma). La géologie explique ces variations du taux d’or dans le sol. Un filon d’or n’est rien d’autre qu’une remontée de liquide hydrothermal (de l’eau chaude provenant des profondeurs de la croûte terrestre) chargée en ions (atomes ou molécules dissous dans le liquide) dans une fissure (du centimètre au mètre) ou une faille (en kilomètre). Ces ions finissent par se déposer et se cristalliser jusqu’à remplir entièrement le passage tel le calcaire dans un tuyaux de lave-vaisselle. Du fait que de la faille partent les fissures, on retrouve de part et d’autre de celle-ci des concentrations différentes en or.
Nous descendons au fond de la mine en empruntant la piste qui s’y enroule concentriquement. On croise des engins impressionnants par leur taille tels que les énormes Caterpillars ou les pelleteuses excavatrices, qui, d’ailleurs, n’appartiennent pas à l’exploitant. Étant donné leur coût exorbitant à l’achat (1 million de dollars pour le camion et 3 à 4 pour la pelleteuse) ou le prix des pièces de rechange, celui-ci fait appel à des entreprises prestataires de services. Hélas, je ne serai pas autorisé à prendre des photos de l’intérieur.
Il est temps de repartir. Nous remontons, toujours à faible allure pour ne pas faire trop de poussière dans l’air, principale cause d’accidents entre les 4x4, les engins et les hommes. N’oublions pas que dès 10 h du matin la température grimpe à plus de 30 °C et que le taux d’humidité ambiant est très faible rendant ainsi le sol vulnérable au moindre mouvement d’air. Une fois sortis de la mine, nous arrivons à ce que les techniciens nomment couramment “ La bank ”. Le géologue m’explique que « la roche sortante est déposée, selon son taux d’or, dans deux tas différents : le tas de stériles et “ La bank ”. Il en existe un troisième, celui correspondant aux boues d’après traitement de la roche issue de “ La bank”. Le tas de stériles est constitué d’un matériel au taux d’or inférieur au gramme par tonne. Vu les techniques de traitement actuelles (technique du cyanure pour Sadiola), il serait trop coûteux et donc pas assez rentable pour la société de travailler avec. “ La bank ”, elle, contient un matériel à plus d’un gramme d’or par tonne. » D’un air naïf, j’essai de l’amener à me parler du tas de boues qui contient le cyanure, sujet, un peu “ tabou ”, se situant au coeur du problème. Il ne me dira pas grand chose, si ce n’est que leurs concentrations en cyanure après traitement sont trop faibles pour avoir un impact sérieux sur l’environnement.
Le traitement au cyanure est l’une des méthodes les plus utilisées pour la production d’or, avec celle du mercure. Le cyanure (CN) est le seul corrosif assez puissant qui permette de liquéfier l’or contenu dans la matrice rocheuse en une solution d’eau et de cyanure d’or. Après dissolution, celui-ci est ensuite recueilli par décantation, reminéralisé puis fondu. Les boues ainsi obtenues sont déposées dans un bassin creusé à environ 2 km du centre.
« Et jusqu’à quand comptez-vous pouvoir extraire de l’or à cette allure ? » lui demandais-je.
« Normalement, il est prévu d’exploiter le site jusqu’en 2010 voir 2011. »
De retour au bureau, on me fera savoir qu’il serait souhaitable que je quitte le site dès midi, apparemment pour des raisons de sécurité. On m’a aussi fait comprendre que j’avais eu de la chance que l’on me fasse rentrer sans aucune autorisation, aucune demande auprès du directeur. Pour ne pas causer de torts à celui qui m’a offert sa confiance et permis de rentrer, je n’ai pas posé de questions en matière de pollution et ai préféré me faire passer pour un jeune étudiant en géologie désireux d’en savoir plus sur le métier. Bien que loin de moi cette intention, on ne s’improvise pas journaliste et encore moins espion comme ça ! Ainsi quittais-je le site de la mine de Sadiola en n’ayant vu que la porte du bureau de recherche et de protection de l’environnement seul indice de leur éventuelle prise de conscience des risques que comporte leur activité.
Et même si avoir vu le site et pris des photos me donnait satisfaction, la frustration créée par le manque d’information donnait un goût amère à ce départ précipité. Il fallait savoir ce qu’il se passait derrière, connaître l’impact sur l’environnement et les hommes qui vivent à proximité de cette mine et ce que fait Anglogold pour le réduire au maximum.
Et pour cela, il nous faudra attendre encore un peu... jusqu’à la fin de ce récit dans le prochain numéro.
Christophe Deniau
Livre d'Or
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