L’énergie éolienne (interview)
Lignes d’Horizons : Bonjour, pouvez-vous présenter votre parcours professionnel à nos lecteurs.
Patrick Saultier : Après mes études d’ingénieur, que j’ai terminées en Allemagne, avec une spécialisation en Energie et Environnement, j’ai travaillé pendant 3 ans dans un projet de développement en Afrique sub-saharienne, avec une ONG. J’y ai beaucoup appris et notamment que l’être humain, ensemble, groupé et actif, pouvait réaliser beaucoup de choses sans avoir énormément de moyens. Et d’autre part, que la vie, ce n’est pas nécessairement d’avoir des tonnes de biens matériels. Il y a des biens indispensables (eau et nourriture) et d’autres qui au contraire, mal utilisés, peuvent plutôt rendre mal-heureux, dépendants et coûteux, sans que l’on s’en rende compte.
A mon retour, après des années comme conducteur de travaux puis exerçant à mon compte comme Maître d’oeuvre, je me suis lancé dans les énergies renouvelables… Je travaille depuis août 2004 pour construire des éoliennes sur ma Commune, éoliennes qui devraient être installées début 2008…
Que pensez-vous des objectifs d’informations et de sensibilisa-tions de notre magazine ? Peut-il participer à faire changer les choses ?
C’est mon combat de tous les jours… Il est primordial. Et surtout, il est essentiel, alors que les alertes sont données par quelques-uns depuis plusieurs décennies, de maintenant passer aux actes et de redescendre sur terre !!!
Je suis persuadé que c’est par la mobilisation de chaque personne, dans sa vie de tous les jours que les choses pourront changer. Par l’information de tous, du particulier aux décideurs politiques et économiques, peu à peu, nous pouvons espérer que nous agirons et consommerons différemment. La difficulté, c’est que chacun de nous a de plus en plus de mal à diffé-rencier la communication de l’information… Les idées reçues des réalités… Beaucoup de questions ont des réponses dans le bon sens. Retrouvons l’esprit critique !!!
Pour ce numéro, Lignes d’Horizons s’intéresse aux énergies, à leur consommation et à leur devenir. De par votre expérience, comment aborderiez-vous ce sujet?
Ce sujet des énergies est un sujet majeur des années à venir, mais déjà aujourd’hui... Il n’y a qu’à regarder où se situent les grands conflits armés dans le monde. Les conflits pour s’accaparer l’énergie dépassent maintenant les conflits pour les autres matières premières. On peut aussi constater que c’est la consommation des énergies fossiles (hydrocarbure) et fissiles (nucléaire) qui entraîne déjà de grosses catastrophes et fait peser les plus grosses menaces sur la planète.
Mon leitmotiv : CONSOMMONS MOINS – PRODUISONS MIEUX
Beaucoup l’ont montré : avec le même confort, nous pouvons réduire de moitié nos consommations. Et pour ce qui reste, on pourrait (on devra de toute façon) le produire à 100 % de manière locale et décentralisée, c’est-à-dire avec les énergies renouvelables…
Pouvez-vous nous présenter l’énergie éolienne, et les contextes qui l’entourent ?
Une éolienne, on l’installe pour produire de l’électricité à partir du vent.
Depuis bientôt 50 ans, on ne se rendait plus compte qu’il fallait produire l’électricité que chacun consomme. Le système électrique français est hyper centralisé. L’éolien (et les énergies renou-velables en général) bouleverse ce principe : par définition, l’éolien est une énergie décentralisée.
Bien que cette énergie soit très ancienne dans notre pays (moulin à vent), la technologie des éoliennes est très développée dans de nombreux autres pays mais encore émergente en France, d’où des peurs qui peu à peu disparaissent.
Un projet éolien est aujourd’hui un projet industriel qui fait appel à de la haute technologie et à des fonds financiers très importants.
D’autres problèmes se posent aussi : un contexte international difficile, avec des tensions sur le marché de l’éolien en pleine explosion, et tensions sur les matières premières (métaux) ; leur implantation est très réglementée, parfois avec des règles les plus sévères au monde (émergence sonore) et uniques par rapport à la plupart des autres projets industriels ; et enfin, un contexte où l’énergie est un enjeu majeur d’où aussi des intérêts économiques parfois divergents entre les différentes énergies et les différents acteurs.
Quelles sont les étapes de mise en place d’un champ d’éoliennes ?
Elles sont très nombreuses.
En résumé, on doit d’abord avant la construction des éoliennes vérifier qu’il y a suffisamment de vent sur le site : étude des vents et du potentiel
On doit vérifier que rien ne s’oppose à l’implantation des éoliennes du point de vue réglemen-taire (espaces et bâtiments protégés, émergences sonores…)
Après ces vérifications, un permis de construire avec étude d’impact est déposé, les demandes de raccor-dement et d’exploitation demandées.
Les machines sont ensuite comman-dées avec des délais de livraison parfois très longs (plusieurs années).
Le financement doit être trouvé (plus de 1M€ par MW installé) et le montage juridique établi.
Tout est alors prêt pour les travaux et la construction (environ 8 mois pour 6 machines). L’exploitation et la production d’électricité peut alors démarrer, et ce pendant au moins 20 ans…
Comment se passe l’organisation de votre société ?
Notre société, Brocéliande Energies Locales est née de l’initiative locale. 12 personnes, presque toutes habitantes de la commune d’implantation, se sont associées pour créer cette société en investissant en temps et en argent pour installer des éoliennes sur notre Commune. Notre objectif a toujours été d’impliquer la population au maximum sur tous les aspects du projet. Par exemple sur le mode de répartition des loyers et sur le financement.
Toutes les décisions non techni-ques sont prises après réflexion et échange entre l’ensemble des associés. Les six premiers mois, nous nous réunissions quasiment une fois par semaine. Les contacts avec les locaux se font à plusieurs, chacun participe selon ses possibilités aux réunions et réceptions, de la confection des petits gâteaux à la réalisation du diaporama et la rédaction des discours…
A votre avis, quel est l’avenir de l’éolien en France ?
Quand on constate que des Pays arrivent à produire 20 % de l’électricité à partir de l’éolien, je pense, qu’à plus ou moins long terme, son développement est iné-luctable. La vitesse du développe-ment dépendra par contre de faits plus nationaux ou de catastrophes internationales survenant sur d’autres types de production.
Le jour où la clarté sera faite sur les coûts de production de l’ensem-ble des modes de production, l’éolien s’imposera aussi selon les “ simples ” critères économiques, sans même parler des ses atouts en terme environnemental et sociétal. C’est certainement, comparée aux autres, une énergie au coût de revient très bas, contrairement à ce que certains laissent entendre…
Je pense aussi que l’implication locale doit être permise et facilitée. Cela présente un grand intérêt, notamment celui d’étendre la réflexion sur la question de la maîtrise des consommations. Ceci est d’ailleurs valable pour les autres énergies renouvelables.
N’oublions pas non plus que seul, l’éolien ne peut rien. La réponse aux besoins qui resteront se fera par l’utilisation de l’ensemble des sources renouvelables et par un système décentralisé, coordonné et réfléchi…
Et voici les habituelles questions récurrentes dans nos interviews, avez-vous au cours de vos diverses expériences rencontré un problè-me écologique très marquant ?
Ce qui est marquant et inquiétant, c’est que les modifications que subit la nature se font peu à peu, sans que l’on s’en rende vraiment compte : on commence à s’habituer à ce que les roses soient en fleur à Noël… Peu à peu mais finalement hyper rapide : on voit des différences en 10 ans…
Et bien sûr les grosses catastro-phes comme Tchernobyl, effet direct d’un type de production, comme la fonte des glaciers, effet indirect de nos modes de vie…
Face à ces changements et bouleversements mondiaux annon-cés, pensez-vous qu’il y ait une solution miracle, ou des pistes à suivre pour améliorer les choses ?
Si quelqu’un avait une solution miracle !!! Non, il n’y aura pas de miracle… Aucune technologie, aucun savant, aucun groupe industriel ne trouvera la solution miracle…
Les pistes, c’est de redescendre sur terre comme le disaient nos anciens. La croissance économique tant souhaitée dans les discours est une véritable hérésie. Si on s’arrête un moment pour réfléchir, on constate vite que c’est impossible. La croissance par l’augmentation de la consommation de produits divers et variés ne peut durer…
Et ce qui est le plus étonnant, c’est que posséder énormément de biens matériels n’implique pas le bonheur. On constate aujourd’hui le contraire : on est tellement entouré de biens matériels qui nous semblent absolument indispensables que l’on oublie de vivre en société. Par exemple le téléphone portable. Il y en a plusieurs par famille, le budget affecté est parfois supérieur à celui de l’alimentation. Est-on pour autant plus heureux qu’il y a quelques années où nous n’en avions pas ? Parlons-nous plus à nos enfants, à nos parents ?
Que nous mangions des tomates d’Afrique est-il mieux que d’attendre celles de saison et de les acheter au maraîcher voisin ?
Il y aura inévitablement des modifications profondes. L’enjeu est de les préparer, de les décider et d’agir et non pas de les subir au risque de crises sociétales extrêmement graves…
Comment imaginez-vous notre planète dans 25 ans, et au-delà ?
Il y a des points positifs… Par exemple l’augmentation du prix des matières premières, notamment le pétrole, entraînera certainement une relocalisation et le dévelop-pement des circuits courts. Au final, je pense que nous, citoyens, y gagnerons tous en qualité de vie.
On est arrivé dans des extrêmes où les fondamentaux ont été oubliés. Nous y reviendrons peut être…
Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter avant que nous terminions ?
Oui, la mer est faite de gouttes d’eau !
Et en conclusion, essayons de réfléchir à chaque geste que nous faisons. Est-ce moi qui le décide (et non pas la publicité) ? Est-ce que ce geste m’apportera plus à moi et à mon entourage qu’un autre geste, peut-être plus respectueux de l’environnement, peut-être même moins cher ?
Nous tous, à notre échelle, pouvons participer à ce qui est aujourd’hui le grand défi de l’humanité.
Livre d'Or
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