Economie et Environnement



Définissez le terme Biodiversité, vous avez deux heures
La majorité des interventions de ce colloque « Enseigner la Biodiversité », qui s’est tenu à l’UFR des sciences d’Angers en novembre 2006 n’étaient, comme bien trop souvent, pas ouvertes au grand public. Ceux qui tapaient déjà du pied en se disant mais merde pourquoi il n’en a pas parlé plus tôt peuvent donc se calmer.
Parmi plusieurs conférences non moins intéressantes et autres ateliers de discussion avec un seul et même fil rouge : « la biodiversité », Il a bien fallu faire un choix et ce choix c’est la conférence guidée de main de maître pendant 2 heures par Hervé le Guyader, spécialiste de la Biodiversité, il a eu notamment l'art d'apporter plus de questionnements que de réponses.

Conférence d’Hervé le Guyader : “ Une mission scientifique pour recenser la biodiversité en 2006 : la mission SANTO ”

Dès le début, Hervé le Guyader a dévié du contenu prévu de sa conférence. Le public s’attendait à une description de la mission SANTO, cette mission scientifique menée sur la biodiversité. Mais voilà, Hervé avait décidé de profiter du temps qui lui était imparti pour envoyer des coups de pieds dans les idées reçues des médias et de la population en général. Pour Santo, il nous renvoie au site très bien fait (http://www.santo2006.org) qui vous en dira plus sur le sujet.

Cette conférence étant placée sous le signe de l’éducation et non de la communication, je livre en introduction deux citations du maître de conférence qui prennent le contre-pied des attitudes culpabilisatrices trop répandues :
« Il faut éduquer au choix et non enseigner des choix »
« Il faut apprendre à agir et non inculquer des comportements.»

Comment définir la biodiversité ? Voilà la question de fond. Première leçon, en ne dissociant pas les 3 niveaux qui la composent : espèces, écosystèmes et gènes. Mais il y a bien d’autres obstacles qui font que le terme « biodiversité » reste un casse tête pour celui qui veut le définir.

Peut-on évaluer la biodiversité ?
Le niveau des espèces est souvent par erreur le seul retenu quand on parle de biodiversité. Le problème est que les scientifiques sont incapables de dénombrer la totalité des espèces présentes sur Terre. Les évaluations allant de 5 à 100 millions, autant dire, pour être le plus scientifique possible, que nous n’en savons rien. De même peut-on vraiment parler d’une « sixième extinction » puisque le nombre d’espèces menacées actuel-lement, 40 000, n’apparaît pas comme significatif par rapport aux chiffres précédemment cités.
On a donc créé un objet scientifique, un concept, que l’on ne pourra jamais ni quantifier, ni décrire avec précision. Les astrophysiciens sont dans la même situation, peut être faut-il alors sélectionner comme eux certaines zones avec la finalité première de faire progresser la science.

Comment prendre en compte ces trois niveaux de définition ?
Il n’existe pas de passerelle entre les trois niveaux précédemment cités (espèces, écosystèmes et gènes). Cela pose aux scientifiques deux problèmes majeurs actuels :
-comment avoir le phénotype quand on connaît le génome ?
-comment reconstruire l’écosystème à partir d’une espèce ?
Eh bien on ne sait pas non plus. On s’imagine mieux alors la difficulté de la tâche des professionnels de l’environnement qui doivent faire des choix de gestion, adopter une attitude par rapport à une biodiversité voilée et invisible.
Quelle attitude adopter dans la protection de la biodiversité ?
On peut compter, pour faire court, deux positions diamètralement opposées, le statu quo ou le dynamisme. Hervé le Guyader a rapidement écarté la première : " il faut un cadre dynamique, transformiste, il faut protéger les potentialités de la diversité [...] l'Homme peut être ingénieur d'écosystèmes ". Une fois cette attitude choisie, reste à savoir par où commencer quand on décide de prendre des mesures pour protéger la biodiversité.

Quoi protéger ?
Quels critères de protection faut-il choisir ? critère esthétique, sociologique, intérêt botanique, médical, économique.? (choisissez la bonne réponse... vous pouvez aussi en rajouter, je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir, j'ai un résumé à faire moi, parlez en avec vos amis).
La protection devra bien sûr être dirigée vers ces trois niveaux de définition, quelques directions ressortent :
au niveau des espèces : on opterait pour la protection d'espèces phares. Protéger des espèces phares (baleine, éléphant...) c'est aussi protéger beaucoup d'autres espèces),

au niveau des écosystèmes : on se dirige logiquement vers les écosystèmes rares (tourbières et autres zones humides, grands territoires...) mais notre conférencier introduit également l'écosystème urbain en rappelant l'ignorance que l'on en a souvent.

au niveau des gènes : une science relativement récente et multidisciplinaire, la biologie de la Conservation, s'est développée. Elle a pour objet l'évaluation de l'impact des activités humaines et la conception de mesures correctrices. S'appuyant sur les résultats de la biologie des populations, de la science de l'évolution, de l'écologie et de l'éthologie, la biologie de la conservation s'attache à concevoir des méthodologies spécifiquement adaptées à l'analyse, à la mesure et à l'atténuation des risques d'extinction des populations et des espèces d'une part, à la détection et au renversement des processus de dégradation, de banalisation, de régression ou de fragmentation des communautés d'autre part.

Ce ne sont que des exemples. Cela serait trop simple s'il y avait une recette miracle d'autant plus que les scientifiques n'ont pas encore de recul sur les mesures qui ont déjà été prises. Pour contre-exemple, l'impact de l'Homme n'est pas toujours négatif en terme de diversité. Il semble que la diversité des lézards soit bien plus grande dans les zones anthropisées. On montre aussi souvent du doigt les espèces invasives (quelle espèce n'a pas été invasive à un moment donné ?). Sur l'île de Santo, les Mélanésiens ont ramené des " espèces invasives " dont les cochons pour ne citer qu'eux. Ces cochons avaient des tiques. Et bien un processus de spéciation semble se mettre en place puisqu'on a retrouvé des nymphes de cette tique sur un nouvel hôte, le rat du Pacifique.

Vous l'aurez compris, la biodiversité est complexe. Il ne faudrait pas être abattu par tant de complexité, il faut juste être conscient qu'elle existe. Je pense qu'Hervé le Guyader a voulu se poser avec nous pour prendre le temps de nous faire réfléchir. Se poser oui, car le tempo des médias n'est pas celui des scientifiques ; peut-être faut-il pousser des cris d'alarme mais le Guyader n'était pas là pour ça.
Il a souligné enfin la nécessité d'une interaction étroite avec d'autres disciplines (géographie, économie, lettres, poésie...). D'ailleurs sa conclusion fut littéraire, il nous a conseillé deux ouvrages, je fais donc suivre pour ceux qui veulent aussi lever la tête du guidon :
Le Voile d'Isis, de Pierre Hadot
Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, de Jared Diamond

Je rajoute le site suivant : http://acces.inrp.fr/evolution/biodiversite. Vous y trouverez le programme complet du colloque, (bon ça c'est du passé), et une rubrique Post-colloque qui sera ouverte dans un futur proche. Quant à moi je vous dis à plus tard.

Nicolas Samson

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