Économie et déréglement climatique
Le rapport Stern expose en plus de 700 pages les enjeux économiques du dérèglement climatique : « Les pays devraient consacrer 1% du PIB mondial par an à la lutte contre la spirale de la hausse des températures, et toute passivité se traduirait à terme par une charge annuelle représentant 5% du PIB mondial. Dans le pire scénario, le coût représenterait 20% ou plus du PIB mondial ». Après la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France ont approuvé les conclusions du rapport Stern.
L’activité humaine dégage 45 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère tous les ans, et ce volume va croissant. Les écosystèmes terrestres en absorbent environ la moitié, mais le reste subsiste dans l’atmosphère, alourdissant les stocks accumulés chaque année. Pour parvenir à une stabilisation du taux de GES, il faudrait réduire les niveaux actuels d’émissions d’au moins 25% d’ici 2050, et les réduire ensuite d’au moins 80%.
Selon les scientifiques, l’accumulation excessive de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre due à l’utilisation de combustibles fossiles provoque d’ores et déjà une multiplication des inondations et des épisodes de sécheresse, de même qu’une augmentation des maladies subtropicales, telle la malaria. Le changement climatique accroît la fréquence des ouragans et des incendies de forêt. A longue échéance, les spécialistes prévoient une élévation du niveau des mers, la destruction d’écosystèmes, des atteintes aux cultures et des famines généralisées.
Si les scientifiques reconnais-sent aujourd’hui ce dérèglement climatique, les économistes commencent aussi à le prendre en compte dans leur schéma économiste, envisageant le climat comme un « bien public », et faisant du change-ment climatique un « facteur exté-rieur ». Actuel-lement ceux qui produisent les gaz à effet de serre en générant de l’électricité, en alimentant les usines en énergie, en émettant des gaz dans l’atmos-phère, en déci-mant les forêts, en voyageant en avion ou en conduisant des voitures ne paient pas pour les dommages qu’ils occasion-nent.
Dans son rapport, Mr Stern (ci-dessous) a pris en compte de nouvelles variables, comme le coût économique de la disparition d’une espèce, le coût des changements sociaux, des catastrophes à venir, les éventuels sauts technologiques, l’adaptation des ménages et des industries…
La soumission à la chose économique, souvent dévasta-trice, sert aujourd’hui les défenseurs de la cause planétaire. Le rapport Stern est peut-être bien à prendre avec des pincettes, mais il va sans doute s’avérer très utile.
Il relève trois éléments d’actions nécessaires pour obtenir une réponse planétaire efficace : la fixation du prix du carbone, appliquée à travers les taxes, le commerce ou une réglementation ; l’action gou-vernementale pour encourager l’innovation et le déploiement de technologies moins carbon-nées ; l’action pour retirer les obstacles à l’efficacité énergétique et pour informer, éduquer et persuader les individus sur ce qu’ils peuvent faire pour réagir face au changement climatique.
La Grande-Bretagne prévoit de doubler son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixé par Kyoto, et veut mener la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial et européen. Au niveau local, le gouvernement britannique s’est doté d’un nouveau conseiller en matière d’environnement : Al Gore ! Concrètement, une loi va venir sur les changements climatiques avec un nouvel objectif de 60% de réduction des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2050. Le ministre britannique de l’environnement a affirmé que la réduction doit être “ étendue à d’autres secteurs, puis à l’Europe et au monde ”, relevant que chacun devait être “ conscient de sa responsabilité personnelle ” et que les
“ mesures fiscales ont un rôle à jouer ”. Le secteur aérien, responsable de 22% des émissions en Europe, pourrait être touché et les mesures pour inciter le public à bâtir “ une société et une économie vertes ” pourraient se développer.
Ce sont les pionniers de la révolution industrielle qui sont historiquement responsables de l’accumulation des émissions - l’Europe et l’Amérique du Nord essentiellement. Mais leur demande moyenne d’énergie croît relativement peu actuellement. Les pays qui seront à l’origine des plus gros volumes d’émissions à l’avenir sont les pays en développement à forte population et à croissance rapide, comme la Chine et l’Inde. Les nouveaux marchés financiers par lesquels seront aiguillés les investis-sements privés nécessaires à la mise en place chez eux d’infrastructures énergétiques à faible dégagement de gaz carbonique dépendront des objectifs ambitieux que les pays industrialisés se seront fixés. La charge que constituera pour les pays en développement l’adaptation au changement climatique fait impérieusement obliga-tion aux pays développés d’honorer les engagements pris à Monterrey en 2002 et au G8 de Gleneagles en 2005. Ils ont, en l’occur-rence, promis de doubler leurs aides d’ici à 2010.
Tout ceci constitue la dimension économique qui manquait jusqu’à présent dans le débat. Partant du postulat que l’économique est le langage que les décideurs comprennent le mieux, nous pouvons nous réjouir de cette vision économique du déréglement climatique. Mais il y a une véritable défaite philosophique en acceptant de voir la dimension économique consti-tuer un meilleur argument (pour les décideurs) que la dimension humaine. Mais au vu de l’enjeu, certains diront que la fin justifie les moyens.
Hamedine Wane
Livre d'Or
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